9. SUR LE PLATEAU

 
        Nous avons quitté la vallée verdoyante. Nous sommes à 121 m d’altitude, sur le plateau, et la vue s’étend à 360°. Dans notre dos, au sud, Neuilly. A l’horizon, tout à l’entour, les lignes de  collines avec les villages à leur pied, et au nord le massif de la forêt d’Othe. Plus près, du sud-ouest à l’ouest dominent trois monticules, le plus éloigné et le moins haut, nommé « Petit Mont », le moyen, portant un bois au sommet, « Gros Mont » et le plus grand « Montholon ».
 
 
LA LÉGENDE
 
     M. Jacques Vignot, vigneron depuis de nombreuses générations à Paroy-sur-Tholon, racontait, dans un article de l’Echo de Joigny de 2006, cette tradition orale qui a bercé son enfance :  « La création du Montholon est due, comme chacun sait dans le pays, au géant Gargantua, héros d’une légende populaire reprise par Rabelais. Un jour, notre géant était très en colère contre les habitants de Joigny (1): il décida de les noyer en obstruant l’Yonne à Epizy. Depuis sa Puisaye, il partit avec ses gros sabots et une énorme « houttée » de terre bien grasse. Il peinait beaucoup, ses sabots étant englués de terre ; il décida de les décrotter, ce qui forma le Petit Mont qui se trouve entre Villiers-sur-Tholon et Poilly. Il reprit alors son chemin mais une lieue plus loin une « bertelle » de sa « houtte » cassa et une partie de son chargement se vida, ce qui forma le Gros Mont. Arrivé en vue de Joigny, il poursuivit son chemin mais sa deuxième « bertelle » cassa, et voilà créée la butte du Montholon. »
 
(1) Qui n’avaient pas voulu lui donner à boire. On imagine que, vu sa grande taille et son goût pour le vin, ils n’auraient plus rien eu dans leurs caves. et le plus grand « Montholon ».
 
 
GÉOLOGIE
 
     Les collines environnantes et en particulier la forêt d’Othe sont constituées de couches de terrain identiques que l’érosion de la pluie, du vent et des rivières (en particulier l’Yonne et le Tholon) ont creusées au cours des millénaires. La couche supérieure, qui s’est fossilisée (1) et imperméabilisée par endroits, a résisté. Ailleurs, elle a peu à peu disparu, ainsi que les autres couches. Voilà pourquoi nos trois collines (plus résistantes au sommet) subsistent encore : on les appelle des «buttes témoins». Le Montholon culmine à 222 m, à la même altitude que la Forêt d’Othe, au dessus de Joigny. Mais l’érosion continue et sans doute, dans quelques milliers d’années, les trois monts auront disparu. 
 
      Les terres qui les entourent et s’étalent à perte de vue, sont crayeuses et propres à la culture des céréales. C’est un paysage d’« open fields » (champs ouverts, non séparés par des haies). Pas un arbre, sauf à certains endroits une ligne de cerisiers ou de noyers, vestiges d’un ancien verger, ou des bosquets sauvages, appelés « remises », précieusement conservés par les sociétés de chasse comme réserves à gibier.
(1) durcie.